
Arcane, du trauma à l’espoir
par Théo Touret-Dengreville
Le monde d’Arcane
Quand en 2021 sort la série Arcane sur Netflix, le public ne sait pas à quoi s’attendre. Inspirée de l’univers de Runeterra, l’univers fictif du jeu vidéo League of Legends, qui compte quotidiennement plusieurs millions de joueurs, et animée par le studio français Fortiche Production, la série à tout pour plaire sur le papier aux fans et aux curieux, et pourtant il s’agit là d’un pari à plusieurs millions de dollars ; alors même que nombre d’univers de fantasy ou inspirés des jeux vidéos n’arrivent pas à percer sur le format sériel.
Ce sera finalement un succès planétaire ! Plus de 90% sur Rotten Tomatoes, des critiques stellaires de la part de la presse spécialisée et de l’audience, top 10 Netflix dans quasiment tous les pays… Arcane est un succès critique certain.
Présentant la dichotomie des doubles cités, la lumineuse et bourgeoise Piltover, et la criminelle et underground Zaun, au travers du récit d’initiation de deux soeurs : Vi et Powder, Arcane livre une narration rythmée et nuancée du trauma, de ses origines à la façon dont on parvient à le dépasser, ou au contraire de comment il finit par nous submerger.
Le trauma, au coeur de l’intrigue
Arcane n’est pas seulement un récit de fantasy steampunk, ou encore un récit familial, voire même un roman noir, même si la série entre en résonnance avec toutes ces thématiques, mais c’est avant tout un récit sur le trauma et ses conséquences : trauma de l’abandon familial, de la maladie mentale et physique, de la pauvreté, de l’addiction. Autant de cicatrices que portent les personnages d’Arcane, qui les transforment de héros à « vilains », de anti-héros à sauveurs, s’entrecroisant dans une toile d’intrigues et d’évènements qui alimentent le conflit des deux cités.
Rien n’est simple dans Arcane, et pourtant ce n’est jamais si compliqué. La série proposant un niveau de lecture autant pour les jeunes audiences, qu’à un niveau plus profond et subtil pour le public adulte. Ce qui présageait d’être une énième épopée de jeunes enfants défavorisés se transforme alors peu à peu sous nos yeux ébahis entre un déchirement, alors que Vi et Powder, soeurs de sang et de coeur, se déchirent de plus en plus, brisées par les mauvais choix, les trahisons, et le coeur brûlant d’intrigues des deux cités.

L’enfer est pavé de bonnes intentions
C’est effectivement le cœur du problème de la série: comment des traumas non résolus amènent des chaînes et des obligations dont les personnages doivent se défaire, créant ainsi leur propre enfer avec toutes les bonnes intentions du monde.
C’est l’ingénieux Jayce qui cherche à assurer une prospérité économique et sociale pour sa famille pauvre qui invente une arme de destruction massive. C’est la pauvre Powder, qui abandonnée dans sa maladie mentale se transforme en la violente Jinx. Ou encore Viktor, malade de naissance, qui souhaitait contrôler la magie pour se transformer en guerrier, et qui devient pantin des forces qu’il cherchait à maîtriser.
Pour autant, aucun de ces personnages ne fait l’erreur de tomber dans des représentations stéréotypées. Chaque personnage offre une narration palpitante, alors même qu’il challenge les attentes du public, oscillant entre représentations narratives classiques et attendues, et plot twist modernes et surprenants. La représentativité de la série ne fait également pas l’erreur de tomber dans le tokenism. Dans le monde d’Arcane, ce n’est pas la couleur de peau ou l’orientation sexuelle qui définit les personnages, mais bel et bien la réalité économique. Les riches portent le poids de leurs héritages et des choix de leurs ancêtres, les pauvres eux vivent dans le trauma et souffrent des conséquences de la misère.

Une ode à l’espoir
Malgré cette ambiance oppressante d’obligations et d’antagonismes, Arcane apparaît également comme une ode à l’espoir. Car le trauma, de bien des manières, se dépasse dans l’amour et l’affection, dans les moments de partage et d’écoute, et dans une main tendue face à l’adversité. Pour chaque moment tragique, Arcane offre un souvenir, un moment de tendresse et d’affection, de care, qui rappellent à toutes et tous notre responsabilité commune, politique comme personnelle, de l’entretien du bien commun.
La saison 2, sortie en 2024, continue sur la lancée de la première, avec 80% de critiques favorables sur Rotten Tomatoes. Si le récit s’accélère un peu trop vite au goût du public, l’histoire sait néanmoins se terminer au bon moment, avec assez de réponses pour nous satisfaire, et assez d’ouvertures pour que nous en réclamions plus.
Ce qui semble tout à fait possible, alors que Riot Games, propriétaire de la licence, a assuré travailler sur d’autres projets situés dans le même univers, notamment autour de Noxus, l’empire militaire totalitaire inspiré du triumvirat romain de César, Pompée et Crassus. Après une narration si belle, d’animation et de sentiment, que le récit des deux cités, on peut être certain que les créateurs sauront animer l’Empire Noxian, “where might makes RIGHT!”
13/03/2026
N.B.: Cet article est la version modifiée d’une chronique présentée dans l’émission Au Rayon Séries, sur Fréquence Protestante, le 5 octobre 2024.

