Malcolm, tout a changé !

par Antoine Bonnet

Le retour de la série culte des années 2000, Malcolm in the Middle, a réalisé un véritable carton. Sur Disney+, c’est la série la plus vue de la plateforme depuis le début de l’année 2026, avec 900 millions de minutes soit 15 millions d’heures de visionnage ! Ce n’est pas une surprise. Malcolm est devenu cultissisme avec le temps et son acteur vedette Bryan Cranston, héros de Breaking Bad, a été, depuis, élevé au rang de star. Le retour de la série était attendu, pourtant l’exercice est des plus périlleux. Combien de retour ont été des flops ? On pense à X-Files et son retour en 2016 et 2018.

« Rien n’a changé », nous rassurait la promo du show ; pourtant, il faut constater l’implacable : Tout a changé ! Car, outre un humour corrosif à la Jackass, Malcolm se détachait des autres séries par une critique acerbe du rêve américain. Tout y était bousculé, boxé, explosé : famille, travail, religion… Tous les piliers de la société américaine étaient mis à mal tout au long des saisons. Famille toxique, mère tyrannique, père rêveur, la famille NoLastName prenait l’exact opposé de la Petite maison dans la prairie, série à laquelle Lyndwood Boomer, le créateur de Malcolm, y interprétait le rôle d’Adam Kendall. La famille NoLAstName (Wilkerson dans le premier épisode) incarnait le déclasssement social, voire ethnique, de la middle class américaine. Une vision du rêve américain illusoire dont Boomer pointait la responsabilité d’Hollywood dans ce « grand mensonge » qu’est le soft power du rêve américain.
La série semble ne pas avoir compris les raisons de son succès, de sa différence culte. Malcolm in the middle : life’s still unfair est plutôt drôle.

Vieillissants, les comédien.ne.s s’en sortent bien. Frankie Muniz porte la série, Bryan Cranston se déchaine, même le remplaçant de Dewey est crédible.
Mais tout a changé, oui. Malcolm est totalement dépolitisé. Le grand déclassement de la middle class américaine a disparu. Pourtant, la série originelle s’était arrêtée en 2007, avant la crise des subprimes qui a fini d’achever cette classe fragile ; rien n’y paraît. Là où Malcolm avait institué le sacrilège ultime des sitcoms, à savoir « le jardin pas entretenu » en montrant un jardinet moche et pauvre, le jardin des NoLastName est fleuri !

Jardin des NoLastName dans les premières saisons et dans le premier épisode de la saison 8

De plus, la question de l’argent, au cœur des problématiques des premières saisons de la série (on se rappelle les épisodes du dentiste « Une dent contre toi », S7E17, ou « Assurance tout risque », S7E2) est totalement absente de cette nouvelle saison. Loïs et Hal, organisant leur quarantième anniversaire de mariage, ne semblent pas du tout inquiétés par les dépenses afférentes. Un sacrilège dans le sacrilège ! La série Malcolm s’est normalisée.

Hal dans un supermarché (S8E1)

Il aurait été intéressant de voir les déboires de Malcolm, génie unique, dans le monde du travail. Dans la dernière tirade mythique de la série, Loïs avouait avoir prévu l’avenir de son fils devenant « président des États-Unis ». Un président qui aurait « trimé » pour mieux comprendre « les gens comme nous », affirmait Loïs. Un projet révolutionnaire tendant à porter un représentant de la classe moyenne américaine au pouvoir, face à une élite et une oligarchie qui se reproduisent elles-mêmes. « Y en a marre d’être du mauvais côté du manche ! ». Malheureusement, la nouvelle saison de la série montre un Malcolm qui travaille bien dans une ONG, comme prévu, mais « ne trime plus ». Le système semble accepter ce génie de la middle class, alors que la réalité économique semble plus complexe. Pareil pour les autres frères : Dewey est musicien-star, Francis devient… son père. Seuls Reese, youtubeur à succès et Leah, enfant non-binaire, répondent aux questionnements de la société américaine contemporaine.

Si l’on suit le reboot de Malcolm, les showrunners montrent une société trumpiste apaisée, enrichie, stable, bien loin de la réalité observable actuelle. « Ok Boomer… », a-t-on envie de dire.

23/04/2026

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